Les répercussions des violences conjugales : un impact sur la totalité des membres de la famille

 
 

Index d'articles

  1. Edito
  2. De quoi parle-t-on ?
  3. L’ampleur du phénomène
  4. Les formes de violence
  5. Comprendre le fonctionnement de la violence
  6. Les répercussions des violences conjugales
  7. Le rôle des professionnel.le.s
  8. Structures et dispositifs
  9. Dispositifs dédiés - VICTIMES
  10. Dispositifs dédiés - ENFANTS
  11. Dispositifs dédiés - AUTEURS
  12. Numéros d’urgence
  13. Autres formes de violences
  14. Modèles d’attestation & certificats médicaux
  15. Bibliographies, guides, outils d'apprentissage
  16. Remerciements
  17. Téléchargement du guide au format PDF
  18. Consultez sous forme de livre

Les victimes

Les violences conjugales peuvent avoir de graves conséquences, immédiates ou à plus long terme, sur la santé mentale et physique des femmes qui les subissent.

  • Traumatologie : ecchymoses, hématomes, brûlures, fractures, lésions cachées par les vêtements, plaies, que la victime justifie souvent par des chutes dans l’escalier.
  • Pathologies cliniques : affections pulmonaires, cardiaques, troubles du métabolisme… Le contrôle du conjoint et l’état dépressif font obstacle à la prise en charge de ces pathologies et au suivi d’un traitement.
  • Psychiatrie : troubles du sommeil, émotionnels (culpabilité, impuissance), psychosomatiques, cognitifs, troubles de l’alimentation, état de peur, d’angoisse, de silence, emprise des conduites additives (tabac, alcool, drogues, médicaments) qui seront dénoncées par l’agresseur pour discréditer la victime.
  • Gynécologie : douleurs pelviennes inexpliquées, troubles de la sexualité ou des règles, lésions traumatiques, infections génitales et urinaires. La victime cache ces violences, souvent accompagnée par un partenaire « prévenant » qui parle à sa place.
  • Obstétrique : la grossesse peut être un facteur déclenchant ou aggravant ; la fréquence des violences s’en trouve accrue et débouche sur des déclarations tardives de grossesse, des demandes d’IVG, des conduites addictives, des grossesses qui ne peuvent être menées à terme (mort fœtale) ou avec des retards de croissance in utero...

-

PHYSIQUE SANTÉ PSYCHIQUE ET COMPORTEMENTS SANTÉ SEXUELLE ET REPRODUCTIVE MALADIE
  • Blessures à l’abdomen, au thorax
  • Traumatismes cérébraux
  • Brûlures, coupures
  • Fractures
  • Handicaps
  • État de stress post-traumatique
  • Dépression, anxiété
  • Troubles de l’alimentation et du sommeil
  • Pensées et comportements suicidaires
  • Dépendance à l’alcool, au tabac, à la drogue
  • Comportements sexuels à risque
  • Comportements auto-agressifs
  • Pathologies gynécologiques
  • Douleurs pelviennes chroniques
  • Hémorragies et infections vaginales, infections urinaires
  • Complications lors de la grossesse, fausses-couches
  • Grossesses non désirées, avortements dangereux
  • VIH, autres MST
  • Arthrite, Asthme
  • Cancer
  • Maladie cardiovasculaire
  • Accident vasculaire-cérébral
  • Diabète
  • Maladies du foie, des reins
  • Hypertension

Plus récemment identifiés et encore sous-estimés : les troubles psycho-traumatiques.

Les victimes de violences conjugales sont exposées à des conséquences traumatiques avec de lourdes répercussions sur leur santé pouvant représenter un risque vital (état de stress psycho-traumatique, dissociation traumatique, dépression, risque suicidaire, troubles de la personnalité, addictions, troubles du comportement avec mise en danger, accidents, maladies liées aux stress).

Les violences, à l’origine d’un stress extrême, imposent la mise en place de mécanismes neurobiologiques exceptionnels de sauvegarde (disjonction) et sont à l’origine d’une mémoire traumatique et d’une dissociation avec anesthésie émotionnelle et physique.

Les conduites dissociantes qui en découlent et qui s’imposent aux victimes, apparaissent souvent paradoxales, déroutantes et peuvent être qualifiées d’ambivalentes (confusion, tolérance, dépendance à l’agresseur, conduites à risques) pour les professionnel.le.s. Pourtant il s’agit de réactions normales à des situations anormales que sont les violences. Ces symptômes servent l’agresseur et desservent la victime, la rendant ainsi encore plus vulnérable.

Après la dépression, l’addiction est le deuxième trouble comorbide de ces états de psychotraumatismes. Tentatives de solution chimique à un état permanent de stress intérieur et de contrôle des symptômes, le recours répété aux drogues (alcool, médicaments…) est une forme de dissociation artificielle.

D’une façon générale les femmes sont plus stigmatisées que les hommes car la consommation de substances va à l’encontre des attentes sociétales associées aux femmes. La conjugaison de violences et de conduites addictives les pénalise plus encore, jusqu’à les déqualifier dans l’évaluation de leur compétence parentale.

Du point de vue économique et social, les conséquences des violences se traduisent par des situations de précarité et d’exclusion : difficultés financières, d’hébergement et de logement, isolement, difficultés administratives (obtention ou renouvellement de titre de séjour pour les femmes étrangères victimes de violences), d’insertion professionnelle…

La détérioration de la qualité de vie globale des victimes qui en découle leur fait perdre, en moyenne, quatre à cinq années de vie en bonne santé. Le taux de suicide des victimes est multiplié par cinq.

Il n’y a pas de profil type de victimes de violences. La meilleure façon de les repérer : le questionnement systématique.

À CONSULTER :

  • Dr Muriel Salmona / Psychiatre psychothérapeute
    Membre de la MIPROF et Présidente de l’association Mémoires Traumatiques et Victimologie http://memoiretraumatique.org/
  • Lettre de l’Observatoire national des violences faites aux femmes

Les enfants

143 000 enfants vivent dans des ménages où des femmes adultes sont victimes de violences conjugales.

Un consensus existe aujourd’hui pour affirmer l’impact de la violence sur les enfants : les enfants exposés sont considérés comme victimes à part entière de ces violences. Toutefois, la confusion entre conflit et violences au sein du couple conditionne encore des réponses inadaptées, qui augmentent le risque de nouveaux passages à l’acte et donc la mise en danger des enfants.

À la différence de nombre de pays, la France n’a mené que récemment des travaux sur l’impact des violences sur les enfants. L’action des pouvoirs publics s’est heurtée, outre cette connaissance récente du phénomène, à un cloisonnement des approches : les temporalités et modalités de prévention et de prise en charge sont distinctes selon qu’il s’agit de politiques menées en matière de protection de l’enfance ou de lutte contre les violences au sein du couple. La pluridisciplinarité qui caractérise aujourd’hui la prise en charge et le traitement des situations de violences constitue le socle d’intervention des professionnel.le.s au contact des enfants exposés aux violences.

Les agressions physiques, sexuelles, verbales, psychologiques et économiques qui constituent la violence, créent un climat de vie quotidienne marqué par l’insécurité, l’instabilité et l’imprévisibilité pour l’enfant. Récurrentes et cumulatives, les agressions s’aggravent et s’accélèrent dans le temps créant un climat de danger permanent. Ce contexte de terreur va affecter l’enfant dans sa construction et tout au long de son développement.

L’enfant est prisonnier d’une « bulle » de silence qui favorise sa culpabilité. Il peut avoir une mauvaise identification de ses émotions et des difficultés à les gérer ; il fait l’apprentissage de la violence comme mode de « régulation » des conflits.

Aux différents stades de développement de l’enfant, certains de ses besoins fondamentaux ne seront pas ou plus assurés (pyramide de Maslow). Les répercussions visibles peuvent prendre la forme de troubles du sommeil, de l’alimentation, des retards de développement, d’actes d’agression, de brutalité ou de cruauté. Sont notés par ailleurs l’adoption de comportements à risques, d’absentéisme scolaire, avec des risques de fugues et de suicide et plus tard un comportement très stéréotypé dans ses conceptions du rôle des femmes et des hommes dans la société.

L’impact de ces violences peut se révéler par un syndrome de stress post-traumatique avec une diversité d’effets négatifs affectant tant le développement de l’enfant que ses comportements.

À l’âge adulte, les enfants exposés ont un moins bon fonctionnement social et psychologique et présentent le risque de reproduire des scénarios violents, que ce soit dans la position d’auteur ou de victime.

Si l’exposition à la violence définit un facteur de risque significatif, les facteurs de protection existent aussi : toute intervention visant à la sécurisation de l’enfant et de sa mère, puis à la réparation des effets de la violence peut donc favoriser la résilience.

Toutes les mesures et actions portées en matière de lutte contre les violences au sein du couple, contribuent certaines directement, d’autres par leur impact, à l’action menée en direction des enfants (directement ou indirectement).

Les situations de violences conjugales appellent une attention spécifique à la protection et au soutien de la victime, au risque de proposer une réponse partielle et inadéquate au traitement de la situation, préjudiciable également à l’enfant.

Syndrome de stress post traumatique

 

À CONSULTER :

  • « La santé des enfants exposés aux violences » Le monde du silence, en collaboration avec Catherine Vasselier Novelli.
  • « Violences conjugale et parentalité : protéger la mère, c’est protéger l’enfant », Edouard Duran, Magistrat, coordinateur de formation à l’Ecole Nationale de Magistrature, édition l’Harmattan.
  • « Violences conjugales et famille » sous la direction des Dr Salmona et Coutanceau, préface de MF Hirigoyen, édition Dunod.
  • Kit “Tom et Léna”, outil de formation de la MIPROF qui traite de l’impact des violences au sein du couple sur les enfants ainsi que du repérage et de la prise en charge de la mère et de l’enfant victimes. 

 Les auteurs

En 2014, 16 543 condamnations ont été prononcées pour des crimes ou des délits commis sur le conjoint ou l’ex conjoint. 97% de ces condamnations ont été prononcées contre des hommes.

Ce chiffre des condamnations peut paraître faible au regard de la délinquance supposée telle que les enquêtes de victimation la traduisent (pour mémoire : 223 000 femmes victimes de violences conjugales par an).

Cette délinquance fait aujourd’hui l’objet d’une politique pénale ferme.

Pour autant, dans l’inconscient collectif les anciennes représentations sont encore à l’œuvre, ainsi qu’en attestent le vocabulaire communément employé. On parle en effet de crime passionnel, de drame familial, de conflits affectant la sphère privée dans de nombreuses situations qui ne sont autres que rapports de domination, refus de l’altérité.

C’est dans ce contexte que les pouvoirs publics ont progressivement installé la prise en charge des auteurs de violences comme pilier de la lutte contre la récidive.  En 2006, le ministère de la cohésion sociale et de la parité a commandité un rapport sur les auteurs de violences au Dr Roland Coutanceau, en vue d’examiner les voies et moyens d’une prise en charge du partenaire violent, dans la perspective de prévenir la récidive.

Cette étude a mis en lumière les différentes possibilités et modalités de prise en charge du partenaire violent, en lien avec les textes juridiques applicables. Elle a permis par ailleurs de s’interroger sur le discours social, le message à diffuser auprès des professionnels et du grand public pour promouvoir cette prise en charge thérapeutique.

Elle démontre par ailleurs, que la psychopathologie de la relation se fonde sur un triptyque : égocentrisme, emprise et négation de l’altérité.

Parmi les auteurs de violences, des profils spécifiques ont ainsi été mis en lumière :

• les sujets immatures (immaturo-névrotiques) : ces personnes sont relativement ouvertes et peuvent reconnaître nombre d’éléments et même souffrir d’une certaine manière de ce qu’elles ont fait. Elles peuvent parfois être sensibles au regard et au jugement de leur compagne ou à celui de leurs enfants. On peut considérer qu’il s’agit d’un groupe minoritaire (autour de 20%) pouvant relever d’une pratique psycho thérapeutique individuelle classique ou d’un accompagnement de groupe.

• les sujets égocentriques (immaturo-égocentiques) : ce profil concerne la grande masse des auteurs de violences. Leur attitude face aux faits est caractéristique car souvent ils les banalisent ou les minimisent. Ils apparaissent dans un premier temps plus préoccupés des conséquences pour eux-mêmes que du ressenti de la victime. Leur immaturité est fortement connotée d’égocentrisme avec un mouvement défensif privilégié, une difficulté d’autocritique, une difficulté à exprimer leurs émotions, à les verbaliser. Pour ces sujets, il vaut mieux privilégier les techniques de groupe.

• les sujets immaturo-pervers : un égocentrisme très marqué caractérise ce groupe. La violence s’inscrit dans une conflictualité quotidienne. L’auteur est aux prises avec des difficultés majeures pour vivre sa vie de façon autonome, tant la pression est présente dans le relationnel au quotidien. On reconnait ici les dynamiques paranoïaques ou les aspects mégalomaniaques. Il est important de rendre compte de ce profil à la femme victime dans la mesure où cela peut l’amener à accélérer une décision de séparation.

On peut intégrer un ou deux auteurs présentant ce type de profil dans des groupes de prise en charge collective.

L’évaluation criminologique de ces 3 profils peut se faire à partir de 5 items :

Le rapport au fait Le rapport
à la responsabilité
Le vécu émotionnel
du passage à l'acte
Retentissement
psychologique
Le rapport à la loi
reconnaissance
totalement,
partiellement
reconnaissance de
leur rôle
culpabilité,
remords, honte
conscience des
conséquences
psychologiques pour
la victime
reconnaissance
émotionnellement
reconnaissance
indirecte, négation
banalisante
reconnaissance
partielle
vague malaise pensées pour l’autre
mais en ramenant
les choses à
soi-même
acceptation de soi
négation agressive
(thème du complot),
négation avec défi
renvoie de la
responsabilité sur
l’autre
indifférence,
froideur et
impassibilité
aucune
préoccupation de ce
qui se joue pour la
victime
hostilité vis-à-vis de
la loi sociale

Les travaux sur les auteurs de violences remontent aux années 1980 en France. En 2003 a été créée la FNACAV, Fédération Nationale des Associations et des Centres de prise en Charge d’Auteurs de Violences conjugales & Familiales.

Le Dr Alain Legrand, son président, précise :

« Ce que nous savons, c’est que la violence engendre la violence. Ce que nous montre l’histoire des hommes que nous recevons : le plus souvent un passé où la violence pouvait surgir parfois ou à tous moments, sans prévisibilité... Considérer ce problème sous cet angle, c’est commencer à penser en termes de prévention à long terme ».

« Ce qui caractérise nombres d’auteurs de violences, notamment lorsque ces violences aboutissent à des violences physiques, c’est le débordement émotionnel qu’ils ne peuvent endiguer par faillite des structures de contrôle et/ou par l’excès d’intensité du courant émotionnel qui les saisit dans certaines situations. »

« La perte de contrôle quand elle s’exprime, se traduit par des expressions comme : « j’ai pété un plomb », « je ne savais plus ce que je faisais », « elle m’a poussé à bout ». Tout se passe comme si l’intégrité psychique de la personne était menacée ou atteinte, comme si la victime, c’était lui. »

A CONSULTER :

Les enjeux de la prise en charge des auteurs de violence :

« L’objectif serait à minima d’amener l’auteur à prendre conscience des violences infligées aussi à l’enfant (scènes terrifiantes, peur pour le parent victime, expérience d’abandon émotionnel, s’il n’a été « que témoin » ou autres violences s’il a été directement victime). La prise en charge devrait également conduire à identifier les déclencheurs de ses passages à l’acte, à contrôler sa colère, à trouver lors de ses montées en tension des techniques d’apaisement ni dangereuses ni toxiques ».

A plus long terme cette violence doit devenir aux yeux des enfants un grave accident de la vie et non un modèle relationnel.

A CONSULTER :

« Violences conjugales et familles » sous la direction des Dr Salmona et Coutanceau, Chap. 21 « Mauvais conjoint, bon parent ? » par Sokhna Fall